
Si les ventes de vinyles
augmentent, celles des tables tournantes aussi, qu'elles soient neuves
ou usagées. On peut s'en procurer dans des boutiques spécialisées, comme
chez
Urban Outfitters ou dans les marchés aux puces.
«J'en ai toujours vendu, mais il y a un regain depuis deux ans», indique
Claude Chartier, qui sert depuis 35 ans les clients du magasin
Son idéal, au centre-ville. «L'année 2009 a été une très bonne année», affirme Kirk Heiden,
responsable du marketing et des communications chez ION Audio, dont
l'entreprise est située dans le Rhode Island. ION Audio est l'entreprise qui a «inventé» les tables tournantes avec
connexion USB, mises en marché en 2006. On peut les brancher dans le
port USB d'un ordinateur, pour numériser directement les disques vinyles
en format MP3. En avril 2008, ION Audio avait vendu un million de tables tournantes
USB. «Nous sommes rendus à deux millions», indique Kirk Heiden. Moog Audio, incontournable boutique d'équipements et d'instruments de
musique du boulevard Saint-Laurent, vend depuis longtemps des tables
tournantes à des DJ. «Mais depuis deux ou trois ans, on en vend beaucoup
à des consommateurs», explique le propriétaire, Alexandre Kano. L'an dernier, il a vendu près de 400 modèles ION. «Surtout à des gens qui veulent transférer leur librairie», explique-t-il. Chez Son idéal, Claude Chartier vend des tables tournantes neuves qui
valent plusieurs centaines de dollars, si ce n'est pas des milliers de
dollars. Ce sont de véritables oeuvres d'art. Mais pas besoin d'être riche pour avoir un bon tourne-disque. «Il y a
un gros marché de l'usagé pour les jeunes, explique-t-il. Les anciennes
Technics se vendent au même prix qu'à l'époque (175$-200$).» Selon lui, les tables tournantes USB «ne sonnent pas bien». Quant à
MC Gilles, chroniqueur à Infoman ? mais avant tout un amoureux de
vinyles devant l'Éternel ?, il les trouve «inutiles», car il suffit d'un
fil et d'un logiciel d'édition de son pour numériser des 33 ou des 45
tours. MC Gilles est propriétaire d'un modèle Technics 1200. Aux gens qui
seraient tenté d'acheter un tourne-disque dans un marché aux puces, il
conseille d'acheter des marques connues. «Sinon, tu ne seras pas capable
de remplacer l'aiguille».
Émilie CôtéLa Presse
La résurrection du vinyle
L'année 2009 a été la meilleure
année des ventes de vinyles depuis 1991. Mais selon les personnes que
nous avons interviewées, les statistiques officielles de Nielsen
SoundScan sont de loin inférieures à la réalité, puisque la plupart des
vinyles sont vendus dans des boutiques indépendantes ou directement par
les groupes de musique à l'occasion, de leurs spectacles, ce qui n'est
pas nécessairement comptabilisé par SoundScan.
Si les ventes de vinyles ont explosé de 90% de 2007 à 2008 et de
33% de 2008 à 2009 (aux États-Unis), celles des albums ont chuté de 14%
et 13%. Les ventes totales de musique ont augmenté de 2,1% (toujours aux
États-Unis) de 2008 à 2009. La proportion des ventes numériques était
de 40% l'an dernier, contre 32% en 2008.
Saint-Lambert P.Q.: le berceau des vinyles au Canada
Philippe Dubuc vient de faire les vinyles du nouveau disque
d'Alkatine Trio («mes premiers en couleur»), et ceux du prochain album
live de The Weakerthans. Il s'apprête à imprimer ceux du deuxième album
du groupe montréalais Plants&Animals, ainsi que plusieurs rééditions
de disques de Tom Waits.Photo: Martin Chamberland, La Presse
La seule entreprise au Canada qui
fabrique des vinyles est située... à Saint-Lambert. Et le seul homme
derrière les presses vient du monde... des finances.L'usine
de RIP-V a ouvert ses portes il y a deux ans. Philippe Dubuc a quatoze
presses, mais seulement six sont en fonction. «Ce sont des presses
d'époque qui ont 30 ou 35 ans. Ça coûterait trop cher d'en faire des
neuves, explique le père de famille. Je fais 2000 disques par jour. Mais
un jour, quand j'aurai des employés, j'espère en faire 5000.» Le copropriétaire-ouvrier de 43 ans vient de faire les vinyles du
nouveau disque d'Alkatine Trio («mes premiers en couleur»), et ceux du
prochain album
live de The Weakerthans. Il s'apprête à imprimer
ceux du deuxième album du groupe montréalais Plants&Animals, ainsi
que plusieurs rééditions de disques de Tom Waits. Ce sont des amis du distributeur FAB qui ont convaincu Philippe Dubuc
d'investir avec eux. «Ils voyaient que le vinyle revenait, mais qu'il y
avait de gros problèmes d'approvisionnement.» Ses futurs partenaires lui ont expliqué que ce ne sont pas des
baby-boomers qui sont derrière la deuxième vie du vinyle. «Quand j'ai
compris que l'intérêt venait des jeunes, je me suis dit: il y a quelque
chose là.» Philippe Dubuc a donc quitté le domaine des chiffres en
complet-cravate pour apprivoiser un tout autre métier: les presses à
vinyle. C'était un grand changement, dont il est très heureux. «C'est
romantique de presser un vinyle. J'ai fait le disque de Patrick Watson.
C'était l'
fun de le tenir dans mes mains. Et j'aime ça quand je reçois les
labels qui vont au centre.» RIP-V coordonne toutes les étapes de la production. La laque du
disque est découpée à Chicago ou à New York, puis le moule est fait au
New Jersey, puis Philippe Dubuc presse les vinyles. Quant aux pochettes
et aux centres, ils sont imprimés respectivement chez Ross-Ellis et
Markham Printing. «La plupart du temps, le tout est assemblé ici, mais
certains clients préfèrent le faire eux-mêmes», souligne Philippe Dubuc. Aux États-Unis, environ huit compagnies fabriquent des vinyles, dont
«trois qui sont sérieuses», indique le seul Mohican du vinyle au pays,
mais peut-être pas le dernier.

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